A Gondecourt, les coqueleux ne se sont pas laissés impressionner par les manifestants

Publié le 01/03/2015

ISABELLE ELLENDER

Malgré la manifestation des défenseurs des animaux, les combats de coqs ont bien eu lieu, ce dimanche à Gondecourt. Reportage d’une néophyte, guidée par l’œil avisé d’Albert Delrive, coqueleux depuis 60 ans
Bizarrement, il n’y a pas de poids coq. Juste les « petits » (jusqu’à 4 kg), les « moyens », les « mi-lourds » et les « gros coqs » (plus de 5 kg). Ils sont portés au pit (le ring, une sorte de grande cage sans toit) par leurs propriétaires, qui les présentent à l’assemblée (200 personnes hier à Gondecourt) avant de les couver du regard pendant tout le combat. Qui ne durera, au maximum, que six minutes. Ils sont venus de toute la région : Hantay, Comines, Phalempin, Hesdigneul… Autour d’eux, les paris vont bon train. On mise cinq ou dix euros, d’un cri, « de gré à gré » : un geste, un regard suffisent.

Vingt-trois combats en un après-midi

Les deux gallinacées s’observent, se tournent autour. Ils semblent se jauger. « Je ne suis pas une poule mouillée, moi »… L’un des deux attaque. Et là, c’est un enchevêtrement incompréhensible, des plumes volent, tandis que retentissent les cocoricos des futurs combattants, à l’arrière de la salle. Les plus légers offrent les batailles les plus spectaculaires. Vingt-trois paires se succèdent dans une annexe de l’école Jacques-Prévert reconvertie en gallodrome, après l’effondrement de la « salle de musique » où se retrouvaient habituellement les coqueleux. Pour moi, les combats se ressemblent tous. Pas pour Albert Delrive : soixante ans qu’il est « coqueleux », le vice-président de la fédération des coqueleux du Nord-Pas-de-Calais ! « Le but, pour le coq, c’est de frapper l’autre à la poitrine, avec ses armes » (des ergots métalliques qu’on lui a implantés juste avant le combat), explique-t-il. « Là, on arrête à la première minute, celui-là a la patte cassée », « Il a pris un coup à la hanche droite, il est mort ». Ou à moitié mort, parfois. Jugés « irrécupérables », certains volatiles finiront à la casserole. Les autres seront soignés. « Ils ne souffrent pas, assure Albert alors que j’ai presque la chair de poule après une heure de ces duos implacables. Ils émettent une enzyme qui les rendent insensibles aux coups ». On espère que l’enzyme est efficace…

Tradition… et noms d’oiseaux

Les combats de coqs d’hier à Gondecourt ont mobilisé deux associations de défense des animaux… et attiré de nombreux médias (lire p.4). La Fondation Brigitte-Bardot s’était annoncée. Christophe Marie, son porte-parole, était bien là. Mais c’est l’association lilloise Cause animale Nord qui a fait le plus de bruit. Une quinzaine de ses membres ont hué et insulté ceux qui franchissaient le porche de l’école Prévert, gallodrome d’un jour. Aux quelques couples venus avec leur progéniture, ils criaient : « C’est honteux de montrer ça aux enfants ! ». « Tradition barbare », « assassins », « pervers », « psychopathes » et d’autres noms d’oiseaux ont fusé. Antony Blanchard, président, dénonçait « des combats illégaux depuis 1964, date depuis laquelle on ne peut plus créer de gallodrome ». Rappelant la nouvelle loi qui qualifie désormais les animaux d’êtres « doués de sensibilité », le militant décrivait « les ergots des coqs que l’on coupe pour en mettre des métalliques, le chanvre qu’on leur fait ingurgiter pour les exciter davantage ». Pour les organisateurs, ces combats sont au contraire autorisés puisque faisant partie d’une « tradition ininterrompue ». Aux militants qui ont porté plainte hier pour « cruauté envers les animaux », ils opposent une jurisprudence de 2007. Les deux parties n’ont pas fini de se voler dans les plumes…

la voix du nord

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