PUBLIÉ LE 22/12/2013

Par BRUNO MALLET, la voix du nord

Une cinquantaine de personnes ont manifesté comme prévu, ce dimanche après-midi, à l’occasion d’un spectacle de montreur d’ours organisé sur la place d’Armes. Elles sont résolument hostiles aux spectacles utilisant des animaux, même si elles ont reconnu que l’ours Valentin, présenté au public, n’avait rien d’une bête maltraitée…

Ils avaient prévenu, ils ont tenu parole : une cinquantaine de manifestants, réunis sous les banderoles CAN (Cause animale Nord), AVES (A Voice for endangered species) et FUDA (Forces unies pour les droits des animaux) se sont rassemblés ce dimanche en début d’après-midi, place d’Armes, à quelques mètres de l’endroit où Frédéric Chesneau s’apprêtait à jouer son spectacle de montreur d’ours.

Quelques minutes avant 15 h, deux femmes ont entamé un discours, aidées d’un mégaphone. Discours promptement interrompu par deux agents de la police municipale : la sous-préfecture n’ayant pas donné d’autorisation à cette manifestation, les participants devaient observer le silence, s’exposant dans le cas contraire à une amende de 7 500 € et une peine d’emprisonnement.

Les mégaphones sont donc restés débranchés, mais les manifestants sont restés dans les parages, distribuant des tracts à des Calaisiens apparemment peu concernés par la cause : eux sont venus voir un ours, un point c’est tout. Un peu plus loin, Christian Chesneau prépare la scène où évoluera Valentin dans quelques instants. « Je suis habitué, ça fait quinze ans qu’il y a des manifestants à chacune de mes prestations, soupire-t-il. Leur présence ici, c’est un peu comme si les végétariens décidaient de manifester devant une boucherie… Ils défendent la cause animale, mais j’en vois plein qui portent des bottes en cuir, il y a comme un paradoxe ! »

Pour autant, les points de vue des uns et des autres ne sont pas irréconciliables. Entre le montreur d’ours et les manifestants, le dialogue a même eu lieu entre les deux représentations. « Nous nous rejoignons sur de nombreux points, assure même Anthony Blanchard (CAN). Et nous voyons bien que Frédéric Chesneau ne maltraite pas son animal. Ce n’est pas contre lui que nous manifestons. Il y a des dresseurs, notamment en cirque, qui sont autrement plus violents. Nous, nous militons pour l’abolition totale et absolue de l’exploitation des animaux et on espère y arriver, petit à petit. »

Frédéric Chesneau est d’accord pour dénoncer les abus, « qui existent, c’est vrai. Ils ont reconnu que je faisais du bon travail, respectueux de l’animal. J’ai invité ces gens à venir chez moi, voir comment cela se passe. On peut avancer ensemble. »

L’ours Valentin, lui, semble loin de toutes ses considérations. Lui, tant qu’il peut manger ses chamallows…

«Mon meilleur copain »

Le terme de spectacle est peut-être inapproprié puisque la prestation du montreur est beaucoup plus pédagogique que spectaculaire. Durant quelques minutes, il s’adresse d’abord au public, parfois avec humour et autodérision, et ne se privant pas d’égratigner ses opposants. Il rappelle le pedigree de « son » Valentin, né en captivité dans un élevage, et qui se destinait à servir de cible facile à des chasseurs, et à terminer comme carpette devant une cheminée. « Il n’est pas un animal sauvage, a répété Frédéric Chesneau. Avec moi, sa durée de vie est de quarante ans. Elle est de quinze ans dans la nature, et de quinze jours dans les Pyrénées… »

Puis il présente la bête au public : un ours de 5 ans, « c’est l’âge de l’adolescence », à qui il demande de s’asseoir, de se mettre debout, ou de faire mine d’attaquer son maître. D’une placidité remarquable, l’ours se prête de bonne grâce à ces quelques jeux, récompensé à chaque fois par un chamallow (le vétérinaire a donné son feu vert). Nulle trace de malheur chez cet animal, et nulle trace non plus d’humiliation de la part du dresseur. « Je ne lui mets pas un tutu, je ne lui fais pas faire d’acrobatie, je ne lui mets pas de nez rouge. Ce n’est pas un clown, c’est un animal. Il est mon gagne-pain, c’est vrai, mais il est surtout mon meilleur copain. »

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