– Jeudi, le village de Saint-Tricat, près de Calais, accueillera la sixième Fête des animaux, organisée par le comité des fêtes. Plébiscitée par les visiteurs, qui étaient près de 8 000 l’année dernière, la fête est vivement critiquée par des associations de sauvegarde des animaux. Le président du comité des fêtes Jean-Yves Reisenthel, destinataire de dizaines de messages d’opposants, n’a jamais connu une telle vague de protestations.

<br /><br /><br />
Les militants de la cause animale dénoncent le dressage des éléphants. Jeudi, deux pachydermes viendront d’Allemagne.<br /><br /><br />

– Jean-Yves-Reisenthel, la Fête des animaux, cette année, semble vivement contestée…

« En deux semaines, nous avons reçu plus de quatre-vingts messages d’opposants à cette manifestation sur la boîte mail du comité des fêtes. Il s’agit de personnes résidant en France, agissant en leur nom, ou d’associations telles que la Fondation Brigitte-Bardot ou la Cause animale du Nord (CAN). Des Belges se sont également manifestés. J’ai reçu quelques appels téléphoniques, dont un, avec le président de la CAN, qui a duré près d’une heure. »

– Est-ce la première fois que des opposants à la Fête des animaux se manifestent ?

« Non, par le passé nous avions déjà reçu des lettres et des appels, mais pas autant… Ces personnes s’attaquent à l’exposition d’animaux sauvages et notamment à la venue d’un dresseur allemand (Sonny Fallekos) qui se déplacera avec deux éléphants. Certains dénoncent de mauvais traitements envers les pachydermes… Je ne comprends pas, il s’agit d’un professionnel, l’un des meilleurs dresseurs, reconnu mondialement et propriétaire d’une dizaine d’éléphants. Qu’on m’apporte les preuves de mauvais traitements. »

– Les associations s’insurgent contre l’exposition d’animaux sauvages gardés en captivité, comprenez-vous leur position ?

« À Saint-Tricat, on ne retient que des dresseurs ou des attractions connus sur le plan mondial, parfois même primés lors de festivals. Certes, ce sont des personnes dont le métier est de montrer des animaux, mais ils aiment leurs bêtes. Les associations ne s’en prennent pas seulement à l’exposition d’animaux sauvages, puisqu’on nous reproche aussi les attractions autour des lévriers. Or, nous n’organisons pas de course, nous faisons appel à une association qui défend les lévriers et qui les fait courir pour de simples démonstrations. »

– Vos opposants détaillent les mauvais traitements dont font l’objet certains animaux sauvages lors des séances de dressage, qu’en pensez-vous ?

« Je n’ignore pas que des animaux sont la cible de mauvais traitements dans certains cirques, mais pour ce qui concerne les éleveurs que nous invitons, aucune preuve de mauvais traitement ne m’est avancée. Pour ces dresseurs, ces propos sont diffamatoires. À Saint-Tricat, nous faisons les choses avec un maximum de sécurité. Les services vétérinaires passent le matin pour vérifier que tout est en règle, nous disposons des autorisations des services sanitaires du Département. J’invite nos détracteurs à venir nous rencontrer jeudi, je leur ferai visiter le site sans rien leur cacher. »

– La Fête des animaux en est à sa sixième édition, quelle était votre motivation lorsque vous avez créé cet événement ?

« Il s’agissait simplement de montrer aux enfants des animaux qu’ils n’ont jamais eu l’occasion de voir. Certains sont d’ailleurs menacés d’extinction. L’année dernière, 8000personnes sont venues, ce rendez-vous est très attendu dans le secteur, puisque pour 5€ seulement et une entrée gratuite aux moins de 12ans, on peut voir des animaux de la ferme et des animaux sauvages. »

La Fondation Brigitte-Bardot attentive

La Fondation Brigitte-Bardot a écrit une longue lettre à Patrice Calais, maire de Saint-Tricat, pour lui demander l’annulation de la Fête des animaux. Interpellée par des militants, la fondation n’a jamais fait le déplacement dans le Calaisis, mais s’est forgée une opinion en observant sur la toile le programme de la manifestation. « On assimile la captivité d’animaux sauvages à des mauvais traitements, on n’a pas besoin de se déplacer pour être convaincu du bien-fondé de notre intervention, justifie une chargée de mission de la Fondation Brigitte-Bardot. On ne s’attend pas à ce que l’édition 2013 soit annulée, mais on espère que la mairie réfléchira à la question et modifiera le programme pour une éventuelle fête en 2014. »

Une association lilloise monte au créneau

Le discours est sensiblement le même du côté de la Cause animale du Nord, association basée à Lille, qui s’est elle aussi fendue d’un courrier au premier magistrat. Anthony Blanchard, son président, s’est ensuite entretenu au téléphone avec Jean-Yves Reisenthel, le président du comité des fêtes qui est adjoint au maire. « Je lui ai longuement parlé du dressage d’éléphants, caractérisé par d’évidents mauvais traitements. Il n’est pas naturel de faire se coucher un pachyderme. Pour le faire obéir, après l’avoir prélevé dans la nature alors que l’éléphant vit en troupeau, on l’enferme dans le noir, on le prive d’eau et de nourriture et on lui donne des coups de fouet. L’animal est détruit psychologiquement. » Cette conviction ne souffre pas de contestation selon Anthony Blanchard, qui pose cette question : « Comment dresser un animal de la savane sans l’humilier et le soumettre ? » La Fondation Brigitte-Bardot et la CAN – à l’origine des dizaines de mails envoyés aux organisateurs – proposent aux organisateurs de la Fête des animaux la tenue d’un nouveau rendez-vous, en 2014, qui permettrait aux associations de « sensibiliser la population aux mauvais traitements dont font l’objet les animaux ». Les animaux sauvages seraient présents… mais à travers des films tournés dans leur milieu naturel. Une proposition plus respectueuse de l’environnement, mais qui n’attirera pas 8 000 personnes à Saint-Tricat.

Leave a Reply

Your email address will not be published.