Interview : « Les abandons, c’est toute l’année, pas simplement en été »

Publié par : Orianne VATIN 12 août 2014 dans Interviews

 www.planeteanimaux.com

Anthony Blanchard est le Président de l’association de protection animale Cause Animale Nord. Né en 1974, il a grandi à la campagne entouré d’animaux (poules, pigeons, chèvres, moutons, etc.), commençant à monter à cheval dès l’âge de 4 ans. Très vite, il a pris conscience de la souffrance animale, et à 11 ans il a décidé de ne plus manger de viande. Fils de chasseurs, il s’appliquait à faire fuir le gibier lorsqu’il accompagnait son père à la chasse. Sa passion pour les chevaux l’a ensuite poussé à pratiquer l’équitation à haut niveau de façon professionnelle,  mais très vite, il fut choqué de constater les « dérives » du monde équestre.
Aujourd’hui, il consacre tout son temps à la défense des droits des animaux. Une éthique qu’il applique également dans sa vie privée en bannissant « les marques associées à la maltraitance animale, comme Coca-Cola, qui soutient la corrida, ou Oasis, qui sponsorise le cirque Pinder ». Dans une longue interview, Anthony nous parle de son combat quotidien pour défendre et protéger les animaux

Planète Animaux : Cause Animale Nord semble avoir un champ d’action très vaste : sauvetages, enquêtes, adoptions, campagnes de stérilisation de chats libres, etc. Combien de bénévoles comptez-vous pour réaliser tout cela ?
Anthony Blanchard : Nous ne sommes qu’une dizaine pour intervenir, mais j’ai une très grande volonté et une force extraordinaire quand il s’agit des animaux. Je supervise l’ensemble des dossiers. Nous faisons aussi des appels à l’aide quand il s’agit de grosses interventions comme le sauvetage des 101 chats et 2 chiens du camp de Lille sud.

PA : Votre association a la particularité d’intervenir «là où la police n’ose pas le faire», selon vos propres mots. De quels endroits parlez-vous ? 
AB : Notre association intervient dans des milieux délicats, les camps de roms, de gitans… Quand il s’agit de défendre et de protéger un animal, rien ne peut m’arrêter. Je n’ai jamais rencontré de réel problème dans ces endroits car on se déplace à plusieurs et chacun a son rôle, à savoir d’un côté les méchants et de l’autre les gentils. C’est de la comédie et grâce à cela nous arrivons à négocier.

PA : Avez-vous le souvenir d’une intervention dans l’un de ces endroits que vous pensiez difficile, mais qui s’est au final bien déroulée ?
AB : Le sauvetage de la petite Chance, que j’ai par ailleurs adoptée (mon 4è chien). Un lundi, un de nos covoitureurs m’appelle pour me signaler un chien en divagation sur le périphérique de Lille. Sans réfléchir, je me suis lancé, courant entre les voitures et les camions : je devais à tout prix sauver la chienne ! J’ai dû faire bloquer la circulation, car elle avait très peur. J’ai terminé ma course dans un camp de roms d’où elle venait à l’origine. Une fois de plus, je n’ai pas réfléchi : j’ai foncé dans la barrière que formaient les hommes pour prendre la chienne, qui avait trouvé refuge dans un baraquement, et je suis reparti en courant. Aujourd’hui cette petite chienne de 10 ans est heureuse et comblée d’amour ; c’est ma petite roumaine, comme je l’appelle.

PA : Au mois de mars 2014, vous avez sauvé la chienne Nina. Comment va-t-elle depuis ? A-t-elle trouvé une famille et repris du poids ? 
AB : Le sauvetage s’est bien et vite déroulé, bien qu’une enquêtrice de la FBB était sur le dossier depuis plusieurs mois, ainsi que la LPA. Je n’ai pas trop laissé le choix à la propriétaire : soit elle cédait la chienne, soit on la poursuivait en justice. La chienne a vite été récupérée, mais hélas la famille d’accueil a commis une très grosse erreur, en détachant la chienne lors d’une promenade…

PA : Certains des animaux dont s’occupe votre association sont à parrainer, pourquoi ceux-ci et pas les autres ? 
AB : Les animaux qui sont à parrainer sont les chevaux car ils restent plus longtemps à l’association et les frais pour prendre soin d’eux sont plus conséquents, et donc difficiles à assumer pour nous.

PA : Votre association gère-t-elle des refuges, ou bien fonctionnez-vous uniquement avec des familles d’accueil ?
AB : Nous travaillons essentiellement avec des familles d’accueil, nous louons des terrains pour accueillir les équidés (6000€ par location) et nous sommes en recherche pour l’ouverture d’un refuge.

PA : Nous sommes en plein mois d’août. Comment se passe cet été 2014 pour vous, avez-vous remarqué une hausse des abandons ?
AB :
 On dit cela tous les ans, mais c’est une réelle catastrophe. Il n’y a plus à l’heure actuelle de période spécifique pour les abandons, car aujourd’hui tout est motif d’abandon : un mariage, un bébé, un déménagement, une allergie…Actuellement, nous sommes débordés avec la prise en charge des chats errants. Nous n’arrivons simplement plus à faire face.

PA : Prendre soin de vos pensionnaires est coûteux (factures vétérinaires, nourriture, maréchal ferrant, frais juridiques, paniers ou couvertures pour les animaux, etc.). De quels financements disposez-vous pour faire face à toutes ces dépenses, recevez-vous des subventions ? 
AB : Les frais sont en effet très lourds, notamment en ce qui concerne l’entretien des chevaux. Nous faisons appel aux dons : l’association vit uniquement grâce aux dons et à la vente des articles de la boutique. Nous ne percevons aucune subvention.

PA : Vous venez d’adresser une lettre ouverte à Martine Aubry, la Maire de Lille, dans laquelle vous remettez en cause sa politique (ou plutôt son absence de politique) à propos des chats libres sur la commune. Vous qualifiez même Mme Aubry «d’ennemie des animaux». Quels reproches lui faites-vous en matière de protection animale ? 
AB : Je reproche à madame Aubry de ne pas développer une politique œuvrant à accorder une véritable place de l’animal en ville, c’est-à-dire : des espaces pour les chiens, une campagne de stérilisation des chats libres, la mise à disposition des éco-pâturages aux associations plutôt qu’aux éleveurs, et l’interdiction des cirques avec animaux. De plus, madame Aubry soutient l’abattage sans étourdissement. A plusieurs reprises, nous avons envoyé des rapports sur des inspections concernant les cirques où de nombreuses infractions sont commises : il n’y a jamais eu de sanction et nous n’avons jamais eu de retour ! Un dialogue est cependant en train de s’instaurer avec les élus concernant les chats, suite à la publication de cette lettre. Affaire à suivre, donc.

PA : Cause Animale Nord est basée à Lille. Quel est votre rayon d’action, où intervenez-vous ? 
AB : Nous faisons des prises en charge sur toute la France et les adoptions se font en France, en Belgique, en Suisse et au Luxembourg. Nous avons un réseau d’enquêteurs afin de surveiller les placements. Concernant la maltraitance, nous intervenons uniquement dans le Nord-Pas de Calais, car il faut des enquêteurs d’expérience et je suis toujours présent lors de ces interventions.

PA : En étant à Lille, vous êtes proche de la Belgique. Que pouvez-vous nous dire de la condition animale là-bas ? 
AB : La Belgique est sans conteste très en avance sur la France au niveau de la réglementation et de la protection des animaux : interdiction des animaux sauvages dans les cirques, abris obligatoire dans les pâtures pour les chevaux, stérilisations des chats, interdiction des combats de coqs… La France reste ancrée dans des traditions qui n’ont plus lieu d’être. La tradition reste le seul et unique moyen pour les gens de se rassurer sur leur existence. La France est un pays rétrograde en ce qui concerne la cause animale, comme en attestent le fait que l’animal est toujours considéré comme un meuble, l’augmentation des quotas de pêche, la facilité pour les élevages intensifs et pour les élevages d’animaux à fourrure, la pratique de la chasse à courre, le déterrage des renards, etc. On constate hélas que, dans les faits, l’article L521-1 du code pénal n’est pas réellement appliqué ; les peines pour actes de cruauté envers un animal donnent souvent lieu à des sursis ou sont reclassées en 4e ou 5e catégorie. Ne parlons pas du gavage des oies qui est autorisé chez nous, quand celui-ci est condamné par la Commission Européenne…

PA : Comme de nombreux défenseurs des animaux, vous êtes végan. Comprenez-vous que l’on puisse militer pour la cause animale sans être végétalien ni végétarien, ou bien cela vous semble-t-il profondément incompatible ? 
AB : Je l’entends, mais comment caresser un chien ou un chat d’une main et manger une entrecôte de l’autre ? Est-ce que le chien a plus d’importance qu’un bœuf ? Ils ont tous les deux un cœur, des sentiments…Quand on montre des photos de peuples mangeant du chien, les Français sont outrés, mais que l’on me dise donc quelle est la différence avec un autre animal ! C’est du spécisme et nous sommes contre cela. Pourquoi défendre une espèce et pas une autre ? La Terre ne nous appartient pas : elle appartient au monde et aux espèces. Il nous faut donc cohabiter.

PA : De quelle façon Cause Animale Nord s’investit-elle pour les chats errants ? 
AB : Cause Animale Nord trappe toutes les semaines des chats pour les stériliser ; nous leur mettons des abris quand cela est possible car bien souvent ils sont détruits. Lors de notre premier rendez- vous avec la ville de Lille, nous leur avons demandé de réfléchir afin d’avoir des territoires sécurisés pour les chats où l’on pourrait mettre des abris qui se fondront dans le décor. Nous avons expliqué tous les bénéfices de la mise en place de ces espaces d’un point de vue économique mais également d’un point de vue social car, ainsi que nous en avons fait l’expérience lors d’un très important trappage de chats (101 chats et 2 chiens en dix jours suite à l’expulsion d’un camp de roms !), un élan de solidarité se crée et des rencontres se font entre personnes de milieux complétement différents. Après 10 mois ces personnes sont toujours en contact, et des personnes qui en temps normal restaient seules chez elles ont trouvé aujourd’hui une raison de sortir au quotidien : elles sortent nourrir les chats et peuvent ainsi échanger avec d’autres bénévoles. Là, nous venons de faire interdire un trappage de 30 chats par une société de logement. Nous allons les stériliser et mettre sur territoire. Encore un très gros coût pour l’association mais je ne pouvais pas laisser faire.

PA : Quels sont vos projets à venir, vos futures mobilisations ? 
AB : Des projets, nous n’en manquons jamais ! Actuellement nous démarchons afin de réaliser une campagne d’affichage sur les bus contre la fourrure et une seconde pour la stérilisation des chats. Nous avons également l’organisation du village associatif qui aura lieu en 2015 à Tourcoing, une ville avec qui nous sommes en négociation et qui est très ouverte à la protection animale. Pourquoi organiser une journée pour la cause animale ? Tout simplement parce qu’aujourd’hui dans le monde (et particulièrement en France) les cas de maltraitances envers les animaux se multiplient sans condamnation des personnes responsables. Parce qu’aussi la population n’est pas au courant des divers tests effectués sur les animaux afin d’avoir des produits de consommation de la vie quotidienne. Parce qu’aussi une grande majorité de Français croit bien naïvement que la corrida n’est pratiquée qu’en Espagne (et certainement pas dans leur propre pays) et que les combats de coqs n’existent plus. Parce qu’aujourd’hui encore il y a trop d’abandons et trop de reproductions des animaux. Parce qu’il faut sensibiliser les gens sur le fait que la vente ou le don d’un animal n’est pas en adéquation avec le bien-être de l’animal. Parce que la France est en retard sur certains pays européens en ce qui concerne les conditions de détention des animaux, en particulier dans les cirques. Parce qu’un animal n’est pas un jouet mais un être vivant… L’animal occupe une place importante aujourd’hui dans la vie des Français : avec l’arrivée des 35 heures le nombre d’animaux domestiques dans les foyers a augmenté, en particulier celui des chats. La France a beau être championne d’Europe concernant le nombre d’animaux de compagnie, les Français demeurent très peu informés de l’envers du décor (la provenance des animaux, les modes d’abattage, les conditions de détention…). C’est pour cela que le village associatif est né. Le thème général du village s’orientera sur : LA STERILISATION DES CHATS. En chiffres : – 61.1 millions d’animaux de compagnie en France – 8 millions de chats – 11 millions de chiens – 60 000 animaux abandonnés – 50 000 000 animaux tués par an pour la fourrure (sans compter les lapins) – 30 000 000 animaux tués par an pour la chasse – 973 000 000 animaux tués par an dans les abattoirs français – 2 325 398 par an pour la vivisection. Les deux premières éditions ont rencontré un vif succès et de nombreuses associations ont sollicité une troisième édition. Nous souhaitons l’année prochaine inviter les associations portant sur l’environnement et la faune maritime du littoral. Pourquoi ? Parce que les animaux et l’environnement sont liés, les animaux ayant (comme nous) besoin de la planète pour vivre. Nous souhaitons également la présence des associations de la faune maritime de notre littoral trop méconnu. Nous souhaitons également mettre à contribution les écoles en leur proposant de faire un petit spectacle. L’avenir de notre planète : c’est un thème pédagogique qui peut sensibiliser les enfants. Nous allons organiser des mini-conférences sur le thème principal du village avec différents intervenants, dont un vétérinaire (qui a déjà donné son accord), mais également d’autres conférences sur, par exemple, le végétalisme ou les raisons pour lesquelles les cirques avec animaux doivent être interdits. Pour cela, nous allons inviter plusieurs intervenants. Nous prévoyons également d’accorder un tarif préférentiel à toute personne réservant une stérilisation chez l’un de nos vétérinaires partenaires le jour de la manifestation.
Parmi nos objectifs figure également l’ouverture d’un refuge. Nous avons aussi un dossier sur les bienfaits d’un animal en maison de retraite et nous avons déjà un premier contact avec deux de ces maisons. Nous allons continuer à travailler afin qu’un de nos protégés y trouve une place. Nous avons également un collectif de bénévoles qui œuvre l’hiver pour les sans-abris. Pour cela nous avons déjà commencé les collectes de nourriture, de couvertures, etc. auprès des particuliers et des professionnels. Nous avons énormément de mal à rester sans rien faire devant la misère. Nous continuons notre combat pour l’abolition de toute forme de souffrance animale. Nous allons également essayer de développer des projets avec des écoles ou des foyers qui permettront de construire des mangeoires pour les oiseaux.
Prochainement, nous serons à :
– Toulouse le 12/08 pour un stand pour un statut pour l’animal
– Saint Tricat le 15/08 pour dénoncer la « fête des animaux », qui s’apparente plutôt à une fête de l’exploitation et de la maltraitance
– Lille le 23/08 pour un stand pour un statut juridique pour l’animal
– Mézilles le 6/09 contre la vivisection
– Paris le 12/09 marche pour « Laissons leur peau aux animaux »
– Hazebrouck le 20/09 pour un stand pour un statut juridique
– Paris le 27/09 pour la marche de la « [r]évolution des objets » dont nous sommes partenaire officiel

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