Écœurement, colère… Difficile de mettre des mots sur ce que peut ressentir Chris. Fin octobre, alors qu’elle était en train de se séparer de son ex-copine, le chien de cette dernière lui arrache les lèvres et une partie du menton. Le malinois qui l’a défigurée à vie vient d’être rendu à sa propriétaire mardi.

Difficile pour Chris de retenir ses larmes et sa colère, lorsqu’elle prend connaissance de l’arrêté municipal, adopté par le maire de Famars ce mardi, portant sur « la restitution du chien Enco à sa propriétaire ». Un berger belge malinois de cinq ans qu’elle connaît bien. Et pour cause. C’est le chien de sécurité de son ex-compagne, avec laquelle elle était en couple depuis près de deux ans et demi. Une relation composée de « plusieurs ruptures et départs. Des mensonges et des tromperies. Il y avait des tensions, explique Chris. Mais je l’aimais. »

Les tensions sont telles que, fin octobre, Chris décide de mettre un terme à leur histoire. Elle emporte ses affaires, ses meubles, trois jours avant que n’éclate une violente dispute entre elles, le 28 octobre. Chris sort dans le couloir. « Elle me pousse violemment dans le dos, à trois reprises, explique-t-elle. Puis, elle m’empoigne, et me lance un regard méchant et déterminé. Je l’ai empoignée à mon tour, pour essayer de me dégager en lui demandant de me lâcher. Je l’ai basculée dans le fauteuil, en pensant qu’elle allait me lâcher. Mais elle continuait à m’agripper. Alors je l’ai secoué un peu, pour qu’elle me lâche ! »

« J’étais en sang, ça faisait un trou »

C’est à ce moment-là que Chris ressent « comme une détonation dans ma tête, quelque chose dans ma bouche ». Elle passe la main sur sa bouche. « J’étais en sang, ça faisait un trou ! » Ce n’est que plus tard qu’elle comprendra que c’est Enco, le chien de son ex, qui l’a attaquée, la mordant du menton au nez, en lui arrachant la lèvre intérieure et une partie de la substance du menton. Transportée de toute urgence au CHR de Lille, elle subira une première intervention chirurgicale. Puis une opération de reconstruction faciale, le 18 novembre, qui ne devrait pas être la dernière. Deux mois d’ITT renouvelables lui ont été délivrés. À sa sortie d’hôpital, Chris, qui ne peut s’alimenter pour l’instant que par une seringue, dépose plainte auprès de la gendarmerie pour blessures involontaires contre son ex. « Elle a fini par me dire qu’elle avait vu le chien arriver, en fonçant. Elle ne l’a pas stoppé. Ce chien, c’est une arme entre ses mains. »

Un premier expert préconisait l’euthanasie

Le 3 février prochain, l’ex-compagne de Chis devra répondre de blessures involontaires devant le tribunal correctionnel de Valenciennes. Le parquet valenciennois lui reproche « le fait de ne pas avoir isolé son chien dressé à la protection de sa maîtresse alors qu’une dispute survenait avec sa compagne », explique le procureur François Pérain, dont le sort de l’animal ne dépendait plus. Suite aux graves faits du 28 octobre, le malinois a en effet été saisi sur instruction du parquet et remis à la SPA de Marly comme le prévoit l’article 99-1 du code de procédure pénale. Puis le chien a fait l’objet d’une expertise judiciaire par un vétérinaire requis par la gendarmerie. Ce vétérinaire comportemental a classé le chien de sécurité « au niveau de dangerosité maximale 4/4, prescrivant une euthanasie de l’animal », comme le souligne l’arrêté de restitution adopté par la mairie de famars, mardi. Puis, conformément à la législation, l’animal a été remis à la maire de Famars, où les faits se sont produits, « en lui précisant qu’il lui appartenait, et à défaut au sous-préfet, de se prononcer sur une éventuelle euthanasie »

Dès lors, le parquet n’était plus responsable du sort de l’animal, puisque, depuis une loi de 2008, « la justice ne peut plus faire procéder à une euthanasie avant le prononcé du jugement », précise le parquet de Valenciennes. La propriétaire du chien réclamait une contre-expertise civile. « C’était son droit d’en réclamer une, j’ai respecté son droit, explique le maire de Famars, Véronique Dupire. La propriétaire a choisi un vétérinaire agrée dans une liste et il a donné un avis favorable à la restitution du chien, tout en prescrivant un certain nombre d’impératifs, comme la muselière systématique, qu’il ne soit pas à proximité d’enfants. » Le second vétérinaire, qui a examiné le chien lundi, a classé le chien au niveau de dangerosité 2/4, avant de conclure sur « un risque mineur de dangerosité ».

« J’ai agi sur un dossier, je fais confiance aux experts », argue l’élue. L’animal a donc été restitué à sa propriétaire, en vertu de l’arrêté municipal adopté mardi par l’élue. C. BO.

Désinformer pour mieux mobiliser?

« Si c’est le chien la victime, je suis quoi moi ? », s’insurge Chris après avoir découvert l’existence de pétitions sur le web « pour la restitution d’Enco à sa propriétaire ». Dans des commentaires postés sur sa page Facebook les 22 et 25 novembre, et dans un communiqué de presse du 21 novembre, l’association Cause animale du Nord indique ainsi que « le procureur de Valenciennes et le maire de Famars condamnent à mort Enco pour avoir pris la défense de sa propriétaire ».

Et d’indiquer que l’animal serait « sous-alimenté » et « séquestré à la SPA de Marly », devant laquelle l’association avait prévu de manifester ce week-end, en marge du Noël des animaux organisé par la SPA de Marly. Des propos « purement et simplement diffamatoires » qui témoignent « d’une méconnaissance profonde du dossier et des mécanismes juridiques applicables en de pareilles circonstances », a réagi la SPA de Marly, contre laquelle la propriétaire du chien a d’ailleurs porté plainte récemment, avec le soutien de l’association. Une association qui estime que « Enco est un chien de travail, il l’a juste effectué en défendant sa maîtresse suite à une agression ». Reste que les faits du 28 octobre dont Chris a été victime ne résultent pas d’une agression. Ils se sont produits dans un contexte familial, lors d’une dispute conjugale.

La voix du Nord 26/11/2014

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