Publié le 21/12/2013

Par DOMINIQUE SALOMEZ

Le montreur d’ours Frédéric Chesneau présente cet après-midi le spectacle « Nounours a grandi » sur la place d’Armes. Dans le cadre des festivités de Noël, l’Orléanais animera son numéro d’une heure trente avec Valentin, un ours noir du Canada. Le spectacle est décrié par les associations de défense des animaux. Le dresseur est prêt à entendre leurs arguments et à leur expliquer sa démarche.

Le dresseur Frédéric Chesneau prend la route vers Calais ce dimanche après quelques jours de repos. En milieu de semaine, il était en représentation avec son ours Valentin à Saint-Avold, en Moselle. Ce dimanche, c’est au public calaisien qu’il montrera son numéro avec son animal. « C’e st une animation pédagogique, je joue avec lui », explique le montreur d’ours, qui sera accompagné de sa compagne, elle aussi dresseuse. La présentation se déroulera sur le parvis du théâtre. Pour des questions de sécurité et comme le veut la législation, le binôme dresseur-ours sera entouré par une clôture électrique devant laquelle les spectateurs assisteront à la démonstration : « Valentin a participé à beaucoup de tournages. Je vais expliquer aux gens comment on fait pour donner des attitudes naturelles aux ours pendant un film, comment on s’y prend pour faire un ours faussement agressif, pour qu’il montre les dents par exemple. Mais c’est du jeu, c’est vraiment du relationnel avec l’animal. »

 

Valentin est en effet une petite star dans son domaine. Il a fait des apparitions dans plusieurs films, séries et pubs : le film Les Kaïra, Une Famille formidable (sur France 2)… « Valentin a dernièrement fait une série de photos avec le judoka Teddy Riner pour Paris Match. Nous venons aussi de tourner un passage de l’émission Thé ou Café avec Julien Doré. Le chanteur est venu rencontrer Valentin au refuge », explique Frédéric Chesneau. À Orléans, il dispose d’un parc de neuf hectares où il accueille une centaine d’animaux, dont deux ours.

 

Habitué aux revendications des défenseurs des animaux – qui, faute d’avoir pu faire annuler le spectacle, seront présents aujourd’hui (lire ci-dessous) -, il se dit prêt à recevoir leurs représentants. « Je veux bien entendre leurs arguments dans un climat calme et cordial, dit Frédéric Chesneau. Je peux comprendre leur position (dénoncer la captivité d’animaux sauvages), mais c’est à la source qu’il faut prendre le problème et donc interdire les parcs zoologiques. » Lui, rappelle qu’il a adopté Valentin dans un élevage aux États-Unis : « Si, je ne l’avais pas ramené, il aurait été tué pour sa fourrure et sa viande. C’est un ours noir du Canada, le seul à ne pas être une espèce protégée. C’est un gibier dans son pays. Valentin appartient à la cinquième génération à être née en élevage. Il a été habitué comme ça. »

 

« Nounours a grandi », ce dimanche à 15 h et 16 h 30 sur la place d’Armes. Gratuit.

 

 

 

La Ville maintient le spectacle et se refuse aux commentaires

 

Cause animale Nord et les associations de défense des animaux se sont fendues d’un courrier envoyé en mairie de Calais, organisatrice du spectacle, pour demander l’annulation du spectacle. L’adjoint en charge des festivités, Gérard Grenat, a déclaré dans nos colonnes il y a quinze jours que le spectacle serait maintenu et dit ne plus vouloir faire de commentaires sur le sujet. Devant cette fin de non-recevoir, les associations ont déposé une déclaration de manifestation en sous-préfecture. Le sous-préfet Alain Gérard, a rejeté la demande de Cause animale Nord, indiquant à son président que tous les documents n’avaient pas été fournis. Ce que conteste en partie ce dernier. « Nous tracterons quand même », a-t-il précisé. D’après lui, une cinquantaine de personnes d’AVES, de CAN, de FUDA (forces unies pour les droits des animaux) soutenus par la fondation Bardot seront présentes.

 

 

 

« Cela ne doit plus exister à notre époque »

 

Une partie des défenseurs des animaux l’admettent : le montreur d’ours Frédéric Chesneau fait partie des dresseurs respectueux et l’un des seuls à avoir un refuge aussi spacieux (un parc de neuf hectares près d’Orléans pour une centaine d’animaux). « On ne dénonce pas de maltraitance de sa part, on dénonce le fait que des animaux sauvages soient en captivité et exploités pour de l’argent », explique Anthony Blanchard, président de Cause animale Nord. C’est ce point de vue qu’il viendra revendiquer cet après-midi avec des représentants l’association AVES (A Voice For Endangered Species) et le mouvement FUDA 62 (Forces unies pour les droits des animaux). Les défenseurs des animaux tracteront (notre photo) de 14 h à 16 h 30 pour exprimer leurs revendications et sensibiliser le public. « Ce sera un mouvement pacifique, nous voulons juste exprimer notre désapprobation vis-à-vis de ce genre de manifestations. Ce n’est pas Frédéric Chesneau qui est visé, mais les exhibitions d’animaux », souligne Daniel Jacob, d’AVES, qui a lancé une pétition en ligne contre la tenue de cette manifestation. Le document a été paraphé par 14 000 personnes, dit-il. Sur le sujet, les défenseurs souhaitent que la législation française évolue, à l’instar de la Belgique qui vient d’interdire les animaux sauvages dans les cirques.

 

« Nous pensons que cela ne doit plus exister en France à notre époque. La Belgique vient d’interdire les spectacles montrant des animaux non domestiques. Ce sera appliqué au 1er janvier. Des lois existent en région catalogne, ou dans des pays comme l’Allemagne, la Norvège, la Suède, l’Autriche, la Grande-Bretagne ou encore l’Uruguay… », explique Antony Blanchard, qui s’était déjà rendu dans le Calaisis en août pour dénoncer la fête des animaux de Saint-Tricat et a dernièrement lancé avec Cause animale Nord des pétitions pour faire annuler les fêtes du cirque à Lille. « En France, on n’est nulle part question de législation. C’est même un pays rétrograde concernant l’élevage de visons pour la fourrure, les quotas de pêche… La corrida n’est toujours pas abolie. Les animaux n’ont aucun statut juridique. Ils sont considérés comme des meubles », s’indigne le président de Cause animale Nord.

 

Créée en 2012, cette association compte une dizaine de bénévoles et une cinquantaine de familles d’accueil en France et en Belgique (pour une centaine d’animaux). Cause animale Nord, qui a son siège à Lille, travaille en réseau avec Trente Millions d’amis, la Fondation Bardot, l’École du chat, AVES et dispose d’un refuge pour chevaux à Bouvignies. Une chatterie existe à Hénin-Beaumont. Elle fermera à la fin du mois pour rouvrir à Lille dans le courant de l’année 2014. « Nous prônons l’abolition de la souffrance animale en France et le végétalisme », explique Anthony Blanchard

 

La voix du nord

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